Manon Brûlé

Animatrice-réalisatrice-illustratrice


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Faire-part Irina

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exposition Courage, Fuyons !

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« Si je vous dis le mot Fuite, quelle histoire vécue vous vient en mémoire? »

Celia Dessardo a mené une collecte d’histoires auprès des habitants du quartier des Marolles, sur le thème de la fuite. De bouche à oreille, elle a rencontré Abdel, Ida, Jacques, Jacquouille, Khadija, Kzav, Moulay Taib, Maria, Mhédi, Nicky, Rodolphe, Sabrina, Sam, Victoria,… Ces dix-huit textes sont écrits à partir de leurs récits.

Pendant ce temps, Marco Dessardo a dessiné le quartier en une ligne claire continue.

Il m’a confié son carnet de croquis et j’y ai illustré chaque histoire à l’aquarelle. Il est ensuite arrivé dans les mains de Sarah Brûlé qui l’a délicatement découpé et plié.

Cela à conduit à une frise qui a couru sur les murs de l’exposition Courage, Fuyons! organisée par les Fuyarts en 2016 pour l’inauguration de la sculpture de Marco Dessardo l’Éloge de la Fuite. Si un jour, vous passez par la rue des Renards à Bruxelles, levez le nez, vous verrez sûrement une gouttière folle qui déborde et fuit le long des murs du Centre Culturel Bruegel.

Et voici un des textes recueilli par Célia qui les a également contés lors de l’inauguration!

panthere-toit-hdUn jour, j’ai dû fuir un homme qui m’avait frappée. Je me souviens que je courais comme une gazelle, alors que j’étais pieds nus dans la rue. J’avais vite enfilé un pyjama, mais pas le temps pour les chaussures. J’ai traversé la place en courant, il est descendu derrière moi. Il avait ses chaussures, ça faisait TAC TAC TAC. Je me suis cachée entre des voitures, il m’a trouvée et m’a envoyé une gifle. J’ai hurlé « Quoi, tu veux me tuer ? ». Je suis repartie. Lui, il a pris sa bagnole.

Je faisais des bonds comme dans un rêve. Depuis, souvent je rêve que je cours comme une panthère. Je n’avais jamais couru aussi légèrement. Ce n’est pas un souvenir de grande peur, c’est le sentiment de « ouah je suis capable de courir comme ça ». Tout mes sens étaient en éveil, j’avais comme un super radar. Avec le recul je me dis qu’en cas de danger, j’ai des ailes aux pieds.

Il m’a rattrapée en voiture, il a ralenti, m’a insultée puis, je ne sais pas pourquoi, mais il a lâché l’affaire. J’ai couru jusque la rue de Parme pour sonner chez un ami. Mais il n’était pas là. Les flics sont passés. Ils m’ont regardée et ont continué.

Puis je suis rentrée, le mec était chez moi, couché sur mon lit, il avait tout destroyé. J’ai attendu que le jour se lève, silencieusement, j’ai récupéré mes clés, mon GSM, et zou je suis partie pour prendre le premier train. Je suis allée me réfugier chez ma mère. J’avais besoin d’être câlinée. Pendant des jours et des jours, je me suis refait le film dans la tête. C’était il y a vingt ans.

C.